Crédits carbone volontaires : reconnaître un projet crédible et éviter le greenwashing
Climat

Crédits carbone volontaires : reconnaître un projet crédible et éviter le greenwashing

2 septembre 202610 min

Après plusieurs années de controverses, le marché volontaire du carbone se recentre sur la qualité. Additionnalité, permanence, labels, allégations autorisées : les critères pour acheter des crédits qui tiennent la route, et les erreurs à ne plus commettre.

Un marché en pleine remise en question

En janvier 2023, une enquête menée par plusieurs médias internationaux a mis en cause la réalité des réductions d'émissions revendiquées par une large part des crédits issus de projets de déforestation évitée, certifiés par le principal standard du marché. D'autres analyses ont suivi, sur les projets de foyers de cuisson améliorés ou d'énergies renouvelables dans des pays où elles étaient déjà rentables.

Le marché volontaire du carbone en est sorti durablement transformé : les volumes ont reculé, les écarts de prix entre crédits de faible et de haute qualité se sont creusés, et les acheteurs sont devenus beaucoup plus exigeants. Pour une entreprise, acheter des crédits carbone n'est plus un geste de communication anodin : c'est une décision qui engage sa crédibilité.

Volontaire n'est pas réglementé

Première source de confusion : les crédits carbone volontaires n'ont rien à voir avec les quotas du système européen d'échange (EU ETS). Ces quotas sont une obligation réglementaire pour les installations industrielles et énergétiques, l'aviation et le transport maritime ; un second marché (ETS2) doit s'appliquer aux carburants du bâtiment et du transport routier dans les prochaines années.

Un crédit volontaire ne permet en aucun cas de remplir une obligation au titre de l'EU ETS. Il finance un projet de réduction ou de séquestration d'émissions en dehors du périmètre de l'entreprise, sur une base volontaire. Mélanger les deux notions dans un discours commercial ou un rapport extra-financier est une erreur, et un risque.

Trois grandes natures de crédits

L'évitement. Le projet empêche des émissions qui auraient eu lieu sans lui : protection d'une forêt menacée, remplacement d'un combustible fossile. C'est la catégorie la plus exposée aux critiques, car le scénario de référence est difficile à établir.

La réduction. Le projet diminue des émissions existantes : captage de méthane, efficacité énergétique, changement de pratiques agricoles.

La séquestration. Le projet retire du CO₂ de l'atmosphère et le stocke : boisement, restauration de sols, haies, biochar, ou solutions technologiques de captage direct. Ces crédits sont plus rares et plus chers, mais de plus en plus recherchés pour les émissions résiduelles.

Les critères d'un crédit de qualité

L'additionnalité. Le projet n'aurait pas vu le jour sans le financement carbone. Un parc solaire déjà rentable ou une forêt qui n'était pas menacée ne sont pas additionnels.

Un scénario de référence prudent. Les réductions sont calculées par rapport à ce qui se serait passé sans le projet. Un scénario trop pessimiste gonfle artificiellement le nombre de crédits.

La permanence. Le carbone séquestré doit le rester durablement. Les projets forestiers doivent prévoir une réserve de crédits (« buffer ») pour couvrir les risques d'incendie, de tempête ou de dépérissement.

L'absence de double comptage. Une même tonne ne doit être revendiquée qu'une seule fois — ni par deux acheteurs, ni à la fois par l'acheteur et par le pays hôte dans ses engagements climatiques.

Une vérification indépendante et une traçabilité complète. Chaque crédit doit être vérifié par un tiers, inscrit dans un registre public et « retiré » au nom de l'acheteur lorsqu'il est utilisé.

Des garanties sociales et environnementales. Respect des droits des populations locales, absence d'impact négatif sur la biodiversité, et idéalement des co-bénéfices documentés.

Labels et standards : utiles, mais pas suffisants

Le Label Bas Carbone. Créé en 2018 par le ministère de la Transition écologique, il certifie des projets situés en France : forêt, agriculture, haies, sols. Il offre une forte traçabilité et un ancrage territorial apprécié, pour des volumes plus limités.

Les standards internationaux. Verra (VCS), Gold Standard ou Puro.earth pour les séquestrations durables certifient la majorité des volumes mondiaux, avec des niveaux d'exigence variables selon les méthodologies.

Les initiatives d'intégrité. L'Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM) attribue un label « Core Carbon Principles » aux programmes et méthodologies jugés robustes. La Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative (VCMI) encadre, de son côté, les allégations des entreprises. Au niveau européen, un cadre de certification des absorptions de carbone (règlement CRCF, adopté en 2024) se met en place.

Un label est un point de départ, pas une garantie : au sein d'un même standard, la qualité varie fortement d'une méthodologie et d'un projet à l'autre. L'analyse projet par projet reste indispensable.

Ce que vous avez le droit de dire

En France, depuis 2023, une entreprise qui affirme qu'un produit ou un service est « neutre en carbone » doit publier le bilan de ses émissions, sa trajectoire de réduction et les modalités de compensation des émissions résiduelles.

La directive européenne « EmpCo », qui doit s'appliquer à partir du 27 septembre 2026, va plus loin : elle interdit les allégations selon lesquelles un produit a un impact neutre, réduit ou positif sur le climat lorsqu'elles reposent sur la compensation des émissions. Les mentions du type « produit neutre en carbone grâce à la compensation » deviennent donc proscrites dans la communication commerciale.

La formulation qui s'impose est celle de la contribution : l'entreprise réduit d'abord ses propres émissions, puis finance des projets de qualité qui contribuent à l'effort climatique mondial, sans prétendre annuler son empreinte.

Où les crédits trouvent leur place dans une stratégie climat

Après la réduction, jamais à la place. Les crédits ne comptent pas dans l'atteinte d'objectifs SBTi et ne dispensent d'aucune obligation réglementaire. Ils interviennent une fois la trajectoire de réduction engagée.

Pour les émissions résiduelles ou en contribution. À horizon 2050, seules les émissions impossibles à éliminer ont vocation à être neutralisées par des séquestrations durables. D'ici là, les crédits servent à contribuer à des projets additionnels, au-delà de sa propre chaîne de valeur.

Avec une stratégie d'achat assumée. Portefeuille diversifié, part de séquestration croissante, préférence pour des projets proches de vos activités ou de vos territoires, contrats pluriannuels pour sécuriser volumes et prix : l'achat de crédits se pilote comme n'importe quel achat stratégique.

Notre approche

Le marché volontaire est fragmenté et opaque pour un acheteur non spécialiste. Notre rôle d'agrégateur consiste à sourcer les projets, à les analyser au regard de ces critères, à écarter ceux qui ne tiennent pas, puis à mettre en relation acheteurs et porteurs de projets dans une relation transparente — sans trading pour compte propre.

Échangeons sur votre stratégie carbone : Kilowater vous aide à sélectionner des projets crédibles et à formuler des allégations conformes.